Robert Howse et Makau Mutua
Le droit commercial lui-même devrait être interprété et développé en conformité avec la hiérarchie des normes établie dans le droit international en général, dans laquelle de nombreux droits fondamentaux jouissent du statut de droit coutumier, de principes généraux ou d’obligations erga omnes et devraient donc normalement prévaloir sur les dispositions des traités commerciaux en cas d’incompatibilité. S’il est convenablement interprété et appliqué, le droit du commerce reconnaît que les valeurs humaines associées aux droits humains sont essentielles et passent avant le libre commerce. La primauté des droits humains sur la libéralisation du commerce ne contrevient pas aux dispositions du régime du droit commercial. Mais les institutions investies du rôle de gardiennes officielles de ce droit opposent d’énormes obstacles à la pleine réalisation de ce principe.
Si l’on peut dire qu’il n’y a pas de conflit entre les deux régimes au sens classique, il n’en demeure pas moins nécessaire de procéder à des changements institutionnels au sein du système multilatéral, de comprendre et de mesurer les effets des règles et des politiques commerciales à tous les niveaux, et de développer de nouvelles règles et politiques commerciales de manière à dépasser l’héritage de l’après-guerre, à savoir le cloisonnement des organismes voués à la promotion des droits humains et des institutions économiques, y compris ceux qui s’occupent du système commercial multilatéral. En ce sens, nous espérons que cette étude viendra enrichir le corpus d’analyses et de recherches qui tentent de répondre à ces questions.