En 1998, deux scandales du milieu sportif ont entraîné un changement radical du mode de fonctionnement du Comité international olympique (CIO). Le scandale lié au dopage révélé lors du Tour de France en juillet 1998, alors que des équipes, dont l’équipe Festina, ont été expulsées parce qu’elles étaient en possession illégale de drogues améliorant la performance, a incité le CIO à créer l’Agence mondiale antidopage l’année suivante. Puis en décembre, des révélations selon lesquelles des responsables du CIO avaient accepté des pots-de-vin d’organisateurs de la mise en candidature de Salt Lake City pour l’obtention des Jeux olympiques d’hiver de 2002 ont amené la création d’une commission d’éthique au sein du CIO.
Les violations des droits de la personne commises par des pays hôtes des Jeux olympiques devraient certainement mériter de faire l’objet de la même intransigeance manifeste dont le CIO a fait montre dans le cas des scandales du dopage et des pots-de-vin. Compte tenu de la réaction rapide et entière du CIO à ces deux scandales, on aurait pu s’attendre à ce que l’organisation adopte des mesures préventives afin d’éviter un scandale tel que celui des promesses non tenues de la Chine en matière de droits humains.
Le fait de garder, au nom des Jeux, le silence devant les atrocités commises en matière de droits humains est un choix politique, mais les dénoncer ne l’est pas.
La Déclaration universelle des droits de l’homme stipule clairement que les droits humains sont universels et qu’ils s’appliquent également à tous les individus et qu’à ce titre, ils transcendent la politique et les questions de souveraineté nationale. Elle énonce également que « tous les individus et tous les organes de la société » doivent s’efforcer de « développer le respect de ces droits et libertés ». En tant qu’« organe de la société » éminent dont le mandat est de « promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine », le CIO aurait tout intérêt à réagir comme il l’a fait pour le scandale du dopage. Pour ce faire, il devrait s’inspirer de la Déclaration universelle des droits de l’homme et ériger des normes officielles et obligatoires.
En agissant ainsi, le CIO a tout à gagner et rien à perdre. Les normes énoncées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme sont mondialement acceptées et transcendent la politique; elles cadrent donc entièrement avec le caractère universel du Mouvement olympique. Qui plus est, en bannissant l’Afrique du Sud entre 1964 et 1992 en raison de son régime d’apartheid en vertu duquel les athlètes noirs étaient victimes de discrimination, le CIO a établi ses propres précédents quant à la protection des droits humains et à l’intégrité du Mouvement olympique.
Pour mieux imposer des normes en matière de droits humains chez les pays membres, le CIO pourrait créer un système de règles clairement définies qui encouragerait ces pays à améliorer leur comportement en matière de droits humains en échange d’un plus grand rôle au sein du Mouvement olympique. Un tel système permettrait d’exercer des pressions sur les gouvernements nationaux visés sans exclure de la compétition, et donc punir, leurs athlètes. Les interdictions, comme celle imposée à l’Afrique du Sud, ne seraient réservées qu’aux États les plus réfractaires qui violent les droits humains.
L’adoption de normes en matière de droits humains enverrait un message très ferme aux pays membres du CIO voulant que la participation aux Jeux olympiques et, surtout, le fait d’être un pays hôte des Jeux n’est pas un droit, mais plutôt un privilège; privilège indissociable des responsabilités d’un État à l’égard du respect et de la protection des valeurs de l’olympisme, y compris des droits humains. Ces responsabilités s’appliquent non seulement au sein des frontières d’un pays, mais aussi à la gouvernance des activités et des relations internationales du pays. Après tout, selon la Charte olympique, l’olympisme est un « style de vie » que l’on adopte bien au-delà des deux semaines de compétition qui se déroule aux quatre ans et bien au-delà des frontières d’un pays.
La surveillance et l’imposition de normes en matière de droits de la personne lors des Jeux olympiques pourraient aussi servir de base à un nouveau partenariat entre le CIO et des organismes et représentants des Nations Unies, dont le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et le nouveau conseiller spécial pour le sport au service de la paix et du développement du Secrétaire général de l’ONU, M. Wilfiried Lemke.
Tout comme la Commission sport et environnement, qui compte des représentants du Programme des Nations Unies pour l’environnement, une commission du sport et des droits de la personne pourrait être créée au sein du CIO pour conseiller le comité exécutif sur les questions liées aux droits humains et aux Olympiques. Un partenariat CIO‑ONU sur les droits humains permettrait aussi à la commission des droits de la personne du CIO de suivre l’engagement de pays membres à l’égard des droits humains internationaux par le biais de mécanismes de l’ONU. Il pourrait par exemple utiliser le nouvel examen périodique universel que le Conseil des droits de l'homme est en train d’élaborer pour fournir de l’information objective et fiable sur les progrès d’un pays relativement à son engagement sur le plan des droits humains.
En février 2009, le comportement en matière de droits de l’homme de la Chine sera passé au peigne fin dans le cadre de l’examen périodique universel. La participation du CIO à cet examen serait une première étape importante vers l’élaboration d’un partenariat avec les Nations Unies sur la question des droits humains. De plus, la présence du CIO enverrait un message ferme à la Chine selon lequel ses promesses relativement au respect des droits de la personne lors des Jeux ne se sont pas éteintes en même temps que la flamme olympique le 24 août.
Les Jeux olympiques d’hiver de 2010 qui se tiendront à Vancouver seront une occasion en or pour le Canada de réitérer l’engagement du Mouvement olympique envers le respect des droits humains. Le manque d’engagement et de mesures de la Chine à cet égard a coûté très cher au Mouvement olympique sur le plan de l’intégrité et du respect. Que le comité organisateur des Jeux olympiques d’hiver de 2010 de Vancouver s’engage à mettre la question des droits de la personne au cœur des Jeux semble inévitable et concourra de manière remarquable à reconquérir la dignité du Mouvement olympique.
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